Les repères à garder avant de comparer un salaire
- La grille applicable dépend de la convention collective réellement rattachée à l’entreprise, pas du seul mot « commerce de gros ».
- Sur Légifrance, la dernière grille étendue visible pour l’IDCC 573 reste celle de l’accord du 16 décembre 2024, entrée en vigueur en 2025.
- Le SMIC brut mensuel est de 1 823,03 € au 1er janvier 2026, donc il peut écraser un minimum conventionnel trop bas.
- Du niveau I au niveau VI, le minimum est mensuel pour 151,67 heures ; du niveau VII au niveau X, le contrôle se fait à l’année.
- Le salaire réellement dû peut être supérieur à la grille à cause des heures supplémentaires, primes, commissions ou avantages en nature.
Quelle convention s’applique vraiment au commerce de gros
Je préfère commencer par une précision utile, parce qu’elle évite beaucoup d’erreurs : il n’existe pas une grille unique valable pour tout le « commerce de gros » au sens large. Le bon réflexe consiste à identifier la convention collective exacte de l’entreprise, puis à vérifier le niveau, l’échelon et le coefficient qui figurent sur le contrat ou le bulletin de paie.
La branche IDCC 573 couvre la convention collective nationale de commerces de gros, mais certains sous-secteurs disposent de textes distincts ou de grilles spécifiques. C’est le cas, par exemple, de certaines activités alimentaires ou de gros spécialisés. Autrement dit, deux entreprises qui se présentent toutes les deux comme des grossistes peuvent relever de règles salariales différentes.
Dans la pratique, je regarde toujours trois éléments avant de parler de minimum conventionnel : l’intitulé de la convention collective, l’IDCC et la classification du poste. Si l’un des trois manque ou semble flou, le risque de confusion est réel. Et c’est justement ce qui explique pourquoi la même question sur les salaires revient si souvent dans cette branche.
Une fois ce cadre posé, on peut lire la grille sans la surinterpréter, ce que je fais dans la section suivante.

La grille des minima en vigueur dans la branche
À ma lecture, la dernière grille étendue visible pour la convention collective nationale de commerces de gros reste celle de l’accord du 16 décembre 2024, étendu en 2025. Les montants ci-dessous sont donc les minima conventionnels de référence à utiliser pour raisonner en 2026, avant toute vérification du SMIC et des règles particulières de l’entreprise.
Minima mensuels
| Niveau | Échelon | Coefficient | Minimum mensuel brut |
|---|---|---|---|
| I | 1 | 1,006 | 1 817,10 € |
| I | 2 | 1,006 | 1 828,00 € |
| I | 3 | 1,006 | 1 838,97 € |
| II | 1 | 1,006 | 1 850,00 € |
| II | 2 | 1,006 | 1 861,10 € |
| II | 3 | 1,006 | 1 872,27 € |
| III | 1 | 1,006 | 1 883,50 € |
| III | 2 | 1,006 | 1 894,80 € |
| III | 3 | 1,006 | 1 906,17 € |
| IV | 1 | 1,006 | 1 917,61 € |
| IV | 2 | 1,006 | 1 929,12 € |
| IV | 3 | 1,006 | 1 940,69 € |
| V | 1 | 1,0375 | 1 948,67 € |
| V | 2 | 1,0375 | 2 021,75 € |
| V | 3 | 1,0375 | 2 097,56 € |
| VI | 1 | 1,0375 | 2 176,22 € |
| VI | 2 | 1,0375 | 2 257,83 € |
| VI | 3 | 1,0375 | 2 342,50 € |
Minima annuels
| Niveau | Échelon | Coefficient | Minimum annuel brut |
|---|---|---|---|
| VII | 1 | 1,05 | 29 963,76 € |
| VII | 2 | 1,05 | 31 461,94 € |
| VII | 3 | 1,1573 | 33 035,04 € |
| VIII | 1 | 1,1 | 38 231,45 € |
| VIII | 2 | 1,1 | 42 054,60 € |
| VIII | 3 | 1,1 | 46 260,06 € |
| IX | 1 | 1,1 | 50 886,07 € |
| IX | 2 | 1,15 | 55 974,67 € |
| X | 1 | 1,2 | 64 370,87 € |
| X | 2 | 77 245,05 € |
Le point à retenir est simple : les niveaux I à VI se contrôlent mensuellement sur la base de 151,67 heures, tandis que les niveaux VII à X s’apprécient sur l’année au 31 décembre. Je trouve ce détail essentiel, parce qu’un salarié peut avoir l’impression d’être sous-payé au fil des mois alors que la branche raisonne, pour certains postes, en total annuel.
Autre repère utile : l’échelon 2 dépend souvent de l’expérience acquise, et la convention prévoit des durées précises par niveau. Le diplôme peut réduire ces durées dans certaines conditions, ce qui explique pourquoi deux salariés au même poste n’atterrissent pas toujours au même échelon. Le coefficient, lui, sert à positionner l’emploi dans la classification, mais il ne remplace jamais le minimum à respecter.
Une fois la grille lue correctement, il faut encore la confronter au SMIC, car c’est là que se joue la vraie règle de paie.
Pourquoi le SMIC peut primer sur la grille
Le salaire minimum applicable n’est pas forcément celui de la convention collective ; c’est toujours le plus favorable entre le SMIC et le minimum de branche. C’est la règle la plus utile à retenir, parce qu’elle évite de prendre une grille conventionnelle pour un plancher intangible alors qu’elle peut être dépassée par le minimum légal.
Selon le ministère du Travail, le SMIC horaire brut est fixé à 12,02 € à compter du 1er janvier 2026, soit 1 823,03 € bruts mensuels pour 35 heures hebdomadaires. En Martinique comme en métropole, ce montant sert bien de référence de droit commun. Résultat concret : le niveau I échelon 1 de la grille du commerce de gros, fixé à 1 817,10 €, est trop bas pour être appliqué tel quel en 2026.
| Référence | Montant brut | Lecture pratique |
|---|---|---|
| SMIC mensuel 35 h | 1 823,03 € | Plancher légal à respecter |
| Niveau I échelon 1 | 1 817,10 € | Montant conventionnel inférieur au SMIC 2026 |
| Niveau I échelon 2 | 1 828,00 € | Déjà au-dessus du SMIC |
| Niveau II échelon 1 | 1 850,00 € | Pas de difficulté de plancher |
Je signale ce point parce qu’il change la lecture de toute la grille : le premier palier ne peut pas être payé en dessous du SMIC, même si le texte conventionnel affiche un montant plus faible. Autrement dit, pour un salarié placé au niveau I échelon 1, la paie correcte en 2026 ne peut pas descendre sous 1 823,03 € bruts mensuels pour un temps complet de 35 heures.
C’est aussi pour cette raison qu’une simple comparaison « grille contre grille » ne suffit pas toujours. Il faut regarder le temps de travail réel, la base de calcul et les éléments variables avant de conclure qu’un salaire est conforme ou non.
À partir de là, la vraie question devient : quels éléments peuvent encore faire monter ou baisser le montant réellement versé ?
Les cas qui font varier le montant réellement payé
Dans cette branche, je vois souvent les mêmes zones grises. Elles ne remettent pas en cause la grille elle-même, mais elles changent le montant final du bulletin, ce qui suffit parfois à créer un malentendu.
Le temps partiel ne se lit pas comme un temps complet
Pour un salarié à temps partiel, on ne compare pas mécaniquement la rémunération brute au montant mensuel d’un poste à 35 heures. Il faut raisonner au prorata du contrat. Un salaire de base inférieur au montant affiché pour un temps complet peut donc être parfaitement normal, à condition que l’équivalent horaire respecte bien le minimum applicable.
L’année compte pour les niveaux supérieurs
Pour les niveaux VII à X, la branche raisonne au 31 décembre sur le total brut perçu pendant l’année. C’est un point technique, mais il a une vraie portée pratique : un salarié peut recevoir des variations mensuelles, voire des absences ou des arrivées en cours d’année, et rester conforme si le total annuel rattrape le minimum conventionnel correspondant.
Les absences et les changements de classification modifient le calcul
L’accord prévoit un calcul prorata temporis en cas d’arrivée ou de départ en cours d’année, d’absence non assimilée à du temps de travail au sens du code du travail ou de changement de classification. Ce n’est pas un détail administratif. Une absence longue ou un reclassement en cours d’exercice peut modifier la comparaison finale, donc je conseille toujours de regarder la période complète avant d’affirmer qu’il y a sous-paiement.
Les primes et le variable ne se traitent pas à l’aveugle
Commissions, primes d’objectifs, heures supplémentaires, majorations pour travail de nuit ou du dimanche, avantages en nature : tout cela peut peser dans la rémunération globale, mais pas toujours de la même manière. Mon réflexe est simple : je sépare toujours le salaire de base des compléments variables. C’est la seule façon d’éviter de croire qu’un bonus ponctuel compense une base trop faible, alors qu’il ne le fait pas forcément sur le plan juridique.
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Les alternants suivent d’autres règles
Pour les apprentis et les salariés en contrat de professionnalisation, la logique n’est pas la même que pour la grille standard de la branche. Leur rémunération dépend souvent d’un pourcentage du SMIC et de règles spécifiques liées à l’âge et au cycle de formation. Là encore, il faut faire attention aux comparaisons trop rapides : ce qui vaut pour un CDI à temps plein ne s’applique pas automatiquement à un alternant.
Quand ces cas particuliers sont intégrés, la lecture du bulletin devient beaucoup plus fiable. La dernière étape consiste alors à contrôler proprement la fiche de paie, sans se laisser tromper par les intitulés.
Comment vérifier une fiche de paie sans se tromper
Je procède toujours dans le même ordre, parce que c’est le plus sûr pour éviter une erreur d’analyse.
- Je vérifie d’abord la convention collective exacte et l’IDCC mentionné sur le bulletin ou le contrat.
- Je contrôle ensuite le niveau, l’échelon et le coefficient indiqués pour le poste.
- Je compare le salaire de base brut avec le minimum applicable, en isolant bien les variables, les primes et les remboursements de frais.
- Si le poste relève d’un niveau annuel, je regarde le cumul brut de l’année plutôt qu’un seul mois pris isolément.
- Si le montant est trop bas, je demande une régularisation écrite avec le détail du calcul.
Cette méthode paraît un peu sèche, mais elle évite les contestations fragiles. Un écart apparent peut venir d’un prorata, d’une absence, d’un mauvais rattachement de convention ou d’une simple erreur de saisie. À l’inverse, si le bulletin affiche bien la mauvaise base et que le total ne couvre ni le SMIC ni le minimum conventionnel, la demande de rappel de salaire est beaucoup plus solide.
Je conseille aussi de conserver les bulletins successifs : dans les salaires de branche, la cohérence sur plusieurs mois parle souvent plus vite qu’un seul relevé isolé.
Reste un dernier point, très concret, qui permet de savoir quand il faut réellement passer à l’action plutôt que d’hésiter devant un bulletin ambigu.
Les réflexes que je garde avant de parler d’erreur de paie
Avant de conclure à une anomalie, je vérifie toujours trois choses : le bon rattachement conventionnel, le bon mode de calcul et le bon niveau de comparaison. C’est souvent là que se cachent les faux écarts, surtout quand une entreprise utilise plusieurs catégories de personnel ou des variables de rémunération différentes.
Si ces trois vérifications ne suffisent pas à expliquer la différence, je considère l’écart comme sérieux et je demande une correction écrite. C’est la démarche la plus propre, la plus rapide et, en pratique, la plus utile pour obtenir un rappel de salaire sans lancer immédiatement un conflit inutile.
Dans le commerce de gros, la bonne lecture d’une grille de salaires tient rarement à un seul chiffre. Elle repose sur la convention exacte, la classification, le caractère mensuel ou annuel du minimum et, en 2026, le fait que le SMIC peut encore dépasser le premier échelon de branche.